Usages du Langage, Semestre 1
Egalité est un mot provenant du latin aequalis qui, à première vue, signifie « uni, égal »…
Mais qu’en est il lorsque l’égalité devient le seul mode de pensée et de vie de toute une génération ?
En effet, cette expression, tout d’abord employée avec parcimonie et réservée aux « grands textes », fut, au fil des siècles, le credo de chaque homme, clamant et réclamant, par des élans sans égal, « le droit d’être sur un pied d’égalité à tout point de vue ».
Cependant, ces individus n’avaient pas conscience de l’uniformité qu’ils allaient répandre ici bas…
Mais lorsqu’ils prirent conscience de l’étymologie véritable du mot, il était trop tard, d’autres avaient repris leur flambeau et traquaient déjà tout ce qui déviait du « bon chemin »…
En effet, aequalis est un mot latin qui descend directement d’aqua : l’eau. L’eau, ce liquide naturel, inodore, incolore, transparent, uniforme : était-ce à cela que chacun aspirait en demandant l’égalité ? Leurs idéaux tombèrent alors à l’eau… Fallait il devenir transparent pour être égal ? Fallait il toujours rester constant ? Toujours égal à soi même ? Fallait il que tout leur soit égal pour vivre en parfaite harmonie ?
Incapables de se résigner à ces conclusions, les hommes se réfugièrent alors dans les mathématiques et donnèrent à l’égalité un symbole : deux droites parallèles, signifiant pour eux l’indépendance, l’égalité des chemins et donc des chances…
Mais là encore, d’autres théories vinrent les contrarier : égalité ? Symbole d’indépendance ? Mais si ces droites sont tenues de rester à jamais parallèles, sans jamais se croiser, ne faut il pas que chacune concerte l’autre afin de toujours suivre ce même chemin, ne leur faut il pas un guide, qui, tel un berger guiderait tout un troupeau ? Si l’une dévie tout ce fragile équilibre s’échoue…
Conscients qu’à toute théorie viendrait toujours s’opposer bon nombre d’individus, ils créèrent alors la Loi afin de rendre l’ égalité légale. L’égalité devient alors une règle impérative, obligatoire, établie par l’autorité souveraine de ces hommes et, même, sanctionnées par la force. A ceci, les créateurs trouvèrent l’explication suivante : Loi vient de legis, qui peut aussi signifier léguer : la loi est un don de nos ancêtres, elle fait partie de nous depuis des générations, et c’est pour ça que chacun se doit de l’appliquer.
Pas un seul ne se doutait que la loi venait en fait de legere qui signifiait lire… Et même quand cette vérité vint à éclater, certains ne comprirent pas pourquoi d’autres s’insurgeaient autant contre un verbe si innofencif… « Qu’y a-t-il de mal à lire la loi ? » demandaient les uns. « Ce n’est pas toi qui lis la loi, c’est la loi qui te lie ! » répondaient les autres… Chacun allait de son interprétation de ce verbe, de la plus raisonnable à la plus farfelue, mais tous devinrent fous alliés contre cette autorité qui les liait à l’uniformité.
Et c’est ainsi que la révolte débuta : l’égalité poussée à son paroxysme les avait rendus tous identiques : mêmes chemins, mêmes vies… L’imprévu et l’indécision n’avaient plus leur place dans ce monde où la vie de tout un chacun était prédéfinie par celle de leurs ancêtres… La différence et tout ce qui s’y apparentait devenait sujet à remontrances…
Au final, l’égalité avait l 'égalisé un monde d’intolérance où la norme était d’emprunter ce même chemin, cette voie que dictait la voix de la loi et qui conduisait des générations et des générations à la même vie, et à la même fin.
Les hommes cherchèrent alors à délier leur corps et leur esprit de cette unicité qui les conduisaient à leur perte : ils entrèrent alors dans ce qu’ils nommèrent « l’égalité » ; mot créé à partir d’une expression sans cesse clamée telle une excuse dans cette société : « il l’égale ! ».
Chacun de leurs actes illicites incitaient les témoins à entendre leur hymne à la différence : « Un dédale de particularités où chacun s’égare et se régale »…
Certains vinrent même à créer le symbole de la rébellion : ces mêmes droites parallèles brisées par une troisième qui vient petit à petit entraver leur chemin comme un aiguillage qui leur proposerait plusieurs destinations, plusieurs choix de vie. C’était ainsi devenu le signe de l’échange et du choix, contrairement à cette indépendance presque méprisante que tendait à représenter l’égalité.
Mais cette liberté ne fut pas du goût de tous et les sanctions vinrent à tomber…
Tous ces acteurs, ces « fauteurs de trouble » furent ainsi condamnés… Condamnés, mais heureux d’avoir soufflé ce vent de rébellion sur cette mer d’huile…
En l’honneur de ces premiers combattants pour le droit à la différence, ceux qui marchaient à présent dans leurs traces nommèrent leur acte « Délit » : ce qui délie le corps et l’esprit de ces obligations, de ces règles. « Délit » de « délictum », parent de « delectarer » : se délecter…
En effet, quoi de plus délicieux que de commettre un acte délictueux sous ces cieux où tout est si bien organisé, si bien définit et si bien cadré ?
Petit à petit ; ledit délit devint acte de bravoure : il libérait son auteur de toute une vie canalisée par la pression sociale, il choquait les âmes encore trop bien pensantes pour voir la richesse de la différence…
Tout comme cette droite vient lentement déranger ses deux consoeurs parallèles, au lieu de les briser d’un angle droit, la révolte s’infiltra lentement à travers les filets de la loi, qui s’évaporait un plus à chaque partie que gagnait la différence…
Et c’est ainsi que, sacrifice après sacrifice, décennie après décennie, l’Homme gagna le droit à la différence…
Malheureusement, génération après génération, les hommes se délièrent de leur attachement pour la différence, et la pensée selon laquelle tout devait être identique émergea à nouveau…
A nouveau, on tenta de légaliser cette pensée et elle vint à rivaliser puis égaliser ce droit à la différence…
Idée maîtresse de toute une génération d’amants de l’intolérance, ce besoin d’uniformité fut remis au goût du jour, et les individus jugés trop déviants furent marginalisés, avant d’être pourchassés…
Depuis ce jour, la rébellion attend avec impatience que l’on reprenne son flambeau pour à nouveau cultiver cette différence qui fit l’harmonie et la richesse de tout un pays durant des décennies….
Mais qu’en est il lorsque l’égalité devient le seul mode de pensée et de vie de toute une génération ?
En effet, cette expression, tout d’abord employée avec parcimonie et réservée aux « grands textes », fut, au fil des siècles, le credo de chaque homme, clamant et réclamant, par des élans sans égal, « le droit d’être sur un pied d’égalité à tout point de vue ».
Cependant, ces individus n’avaient pas conscience de l’uniformité qu’ils allaient répandre ici bas…
Mais lorsqu’ils prirent conscience de l’étymologie véritable du mot, il était trop tard, d’autres avaient repris leur flambeau et traquaient déjà tout ce qui déviait du « bon chemin »…
En effet, aequalis est un mot latin qui descend directement d’aqua : l’eau. L’eau, ce liquide naturel, inodore, incolore, transparent, uniforme : était-ce à cela que chacun aspirait en demandant l’égalité ? Leurs idéaux tombèrent alors à l’eau… Fallait il devenir transparent pour être égal ? Fallait il toujours rester constant ? Toujours égal à soi même ? Fallait il que tout leur soit égal pour vivre en parfaite harmonie ?
Incapables de se résigner à ces conclusions, les hommes se réfugièrent alors dans les mathématiques et donnèrent à l’égalité un symbole : deux droites parallèles, signifiant pour eux l’indépendance, l’égalité des chemins et donc des chances…
Mais là encore, d’autres théories vinrent les contrarier : égalité ? Symbole d’indépendance ? Mais si ces droites sont tenues de rester à jamais parallèles, sans jamais se croiser, ne faut il pas que chacune concerte l’autre afin de toujours suivre ce même chemin, ne leur faut il pas un guide, qui, tel un berger guiderait tout un troupeau ? Si l’une dévie tout ce fragile équilibre s’échoue…
Conscients qu’à toute théorie viendrait toujours s’opposer bon nombre d’individus, ils créèrent alors la Loi afin de rendre l’ égalité légale. L’égalité devient alors une règle impérative, obligatoire, établie par l’autorité souveraine de ces hommes et, même, sanctionnées par la force. A ceci, les créateurs trouvèrent l’explication suivante : Loi vient de legis, qui peut aussi signifier léguer : la loi est un don de nos ancêtres, elle fait partie de nous depuis des générations, et c’est pour ça que chacun se doit de l’appliquer.
Pas un seul ne se doutait que la loi venait en fait de legere qui signifiait lire… Et même quand cette vérité vint à éclater, certains ne comprirent pas pourquoi d’autres s’insurgeaient autant contre un verbe si innofencif… « Qu’y a-t-il de mal à lire la loi ? » demandaient les uns. « Ce n’est pas toi qui lis la loi, c’est la loi qui te lie ! » répondaient les autres… Chacun allait de son interprétation de ce verbe, de la plus raisonnable à la plus farfelue, mais tous devinrent fous alliés contre cette autorité qui les liait à l’uniformité.
Et c’est ainsi que la révolte débuta : l’égalité poussée à son paroxysme les avait rendus tous identiques : mêmes chemins, mêmes vies… L’imprévu et l’indécision n’avaient plus leur place dans ce monde où la vie de tout un chacun était prédéfinie par celle de leurs ancêtres… La différence et tout ce qui s’y apparentait devenait sujet à remontrances…
Au final, l’égalité avait l 'égalisé un monde d’intolérance où la norme était d’emprunter ce même chemin, cette voie que dictait la voix de la loi et qui conduisait des générations et des générations à la même vie, et à la même fin.
Les hommes cherchèrent alors à délier leur corps et leur esprit de cette unicité qui les conduisaient à leur perte : ils entrèrent alors dans ce qu’ils nommèrent « l’égalité » ; mot créé à partir d’une expression sans cesse clamée telle une excuse dans cette société : « il l’égale ! ».
Chacun de leurs actes illicites incitaient les témoins à entendre leur hymne à la différence : « Un dédale de particularités où chacun s’égare et se régale »…
Certains vinrent même à créer le symbole de la rébellion : ces mêmes droites parallèles brisées par une troisième qui vient petit à petit entraver leur chemin comme un aiguillage qui leur proposerait plusieurs destinations, plusieurs choix de vie. C’était ainsi devenu le signe de l’échange et du choix, contrairement à cette indépendance presque méprisante que tendait à représenter l’égalité.
Mais cette liberté ne fut pas du goût de tous et les sanctions vinrent à tomber…
Tous ces acteurs, ces « fauteurs de trouble » furent ainsi condamnés… Condamnés, mais heureux d’avoir soufflé ce vent de rébellion sur cette mer d’huile…
En l’honneur de ces premiers combattants pour le droit à la différence, ceux qui marchaient à présent dans leurs traces nommèrent leur acte « Délit » : ce qui délie le corps et l’esprit de ces obligations, de ces règles. « Délit » de « délictum », parent de « delectarer » : se délecter…
En effet, quoi de plus délicieux que de commettre un acte délictueux sous ces cieux où tout est si bien organisé, si bien définit et si bien cadré ?
Petit à petit ; ledit délit devint acte de bravoure : il libérait son auteur de toute une vie canalisée par la pression sociale, il choquait les âmes encore trop bien pensantes pour voir la richesse de la différence…
Tout comme cette droite vient lentement déranger ses deux consoeurs parallèles, au lieu de les briser d’un angle droit, la révolte s’infiltra lentement à travers les filets de la loi, qui s’évaporait un plus à chaque partie que gagnait la différence…
Et c’est ainsi que, sacrifice après sacrifice, décennie après décennie, l’Homme gagna le droit à la différence…
Malheureusement, génération après génération, les hommes se délièrent de leur attachement pour la différence, et la pensée selon laquelle tout devait être identique émergea à nouveau…
A nouveau, on tenta de légaliser cette pensée et elle vint à rivaliser puis égaliser ce droit à la différence…
Idée maîtresse de toute une génération d’amants de l’intolérance, ce besoin d’uniformité fut remis au goût du jour, et les individus jugés trop déviants furent marginalisés, avant d’être pourchassés…
Depuis ce jour, la rébellion attend avec impatience que l’on reprenne son flambeau pour à nouveau cultiver cette différence qui fit l’harmonie et la richesse de tout un pays durant des décennies….


1 Comments:
At 9:15 AM,
ursule said…
Il est tout simplement superbe, ce texte !
André Tremblay
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